Psychologue et cheval  

 

Pourquoi des séances psy
en présence d’un cheval ?

 

Je vous laisse découvrir la réponse à travers l’interview menée par Catherine Dupont, psychothérapeute, pour le magazine Open Mind.

Un cheval en séance de thérapie ?
Est-ce possible et surtout bénéfique ?

C’est le pari des thérapies assistées par le cheval, une approche novatrice qui allie la puissance du coaching au pouvoir de lecture de l’inconscient des chevaux. Le coach est alors assisté par le cheval pour aider la personne accompagnée à des prises de conscience et amorcer des changements bénéfiques le sortant de ses boucles de fonctionnement.

Comment est-ce possible ?Comment les interactions avec cet animal puissant peuvent-elles nous guider vers notre vrai potentiel ?

Des réponses proposées par Céline Bègue, psychologue assistée de chevaux que j’interroge aujourd’hui.

Par Catherine Dupont, psychothérapeute.

 

 

Quelle est votre première rencontre avec le cheval ?

J’avais huit ans environ, j’étais en colonie et j’ai demandé à participer aux activités équestres. Je me souviens d’une première connexion avec le cheval. C’est surtout deux ans plus tard, alors que j’avais demandé à pratiquer au club équestre à côté de chez moi que j’ai senti une fascination pour les chevaux faite d’un mélange de peur et d’attirance. Je les trouvais immenses et incontrôlables. Peu à peu j’ai passé de plus en plus de temps en leur compagnie. J’aidais au club en échange d’heures de balades.

Dans mon quotidien familial très lourd au sein d’une famille dysfonctionnelle, le club était ma bouffée d’oxygène. Peu à peu la nature et les chevaux ont pris valeur de refuge.

Au fil du temps je suis devenue bonne cavalière et j’ai participé à des compétitions. J’ai gagné des concours équestres et c’était la première fois que je réalisais que j’étais douée pour quelque chose.

J’ai commencé à construire de la confiance en moi. L’adolescente taciturne que j’étais trouvais sa place dans les concours hippiques.

 

Quand est-ce que vous avez commencé à associer le cheval à une thérapie ?

Je suis entrée en fac de psychologie et j’ai vu une annonce pour participer à une association d’équithérapie. J’ai ainsi côtoyé des professionnels de l’aide à la personne grâce au cheval. Une fois devenue psychologue diplômée j’ai cherché à allier mes deux passions : la compréhension des fonctionnements humains et la relation aux chevaux.

J’ai passé mon diplôme d’enseignante d’équitation et j’ai beaucoup cherché la personne qui pourrait me servir de guide pour allier thérapie et relation aux chevaux. Je l’ai trouvée après plusieurs années en la personne de Nolwenn Bauchot, équicoach et j’ai commencé à pratiquer l’équicoaching.

 

Quelle différence faîtes-vous entre équithérapie, équicoaching et médiation animale ?

Dans ma vision des choses ( mais c’est juste une question de vocabulaire) l’équithérapie place le cheval en médiateur d’une reconnexion sensorielle et relationnelle. Il est surtout utilisé pour trouver des chemins de communication avec les personnes souffrant de handicaps moteurs ou mentaux. Il s’agit d’un travail de soin. Monter sur l’animal peut faire partie de la thérapie. L’équithérapeute doit être déjà diplômé dans le domaine de la thérapie ( médecin, psychomotricien, psychologue…).

L’équicoaching place davantage le cheval en tant qu’interlocuteur fiable pour apprendre à poser ses limites ou exprimer ses besoins par exemple. Le cheval ne répond en effet à une demande que lorsqu’il sent un parfait accord intérieur, une congruence chez le demandeur. Le cheval est libre, souvent dans la carrière et un dialogue s’engage avec lui sans le monter. Dans l’équicoaching le coach est assisté par le cheval pour initier un processus de prise de conscience et de changement de comportement. L’objectif principal réside dans le développement personnel. L’équicoach doit être diplômé d’une école reconnue d’équicoaching. C’est le processus que j’ai entrepris moi-même.

La médiation animale quand à elle permet de créer un espace d’échange libre avec le cheval sans attente particulière sinon un partage. Elle n’est pas encadrée réglementairement.

 

Comment avez-vous été convaincue de la pertinence de l’aide du cheval ?

Je pense que j’ai eu une première révélation lors de ma première séance personnelle. La coach m’a proposé d’entrer dans le rond de longe et de m’y placer à l’endroit le plus confortable pour moi. Le cheval venait et repartait puis il s’est dirigé vers la porte de l’enclos et il s’est mis à jouer avec la serrure.

La coach m’a alors demandé à quoi cela me faisait penser et j’ai eu cette interprétation : « Il veut sortir, il n’a pas envie d’être avec moi, ce n’est pas le bon cheval ».Le cheval s’est alors immobilisé totalement. La coach a alors amené un autre cheval. J’ai été invitée à me repositionner dans notre espace commun. Je me suis éloignée de lui et sa nervosité était perceptible. J’ai alors tenté de l’approcher et il s’est connecté à moi. J’ai dit spontanément : « Il est plus serein quand je m’approche ». Au moment où je prononçais ces mots j’ai senti toute leur portée dans mon histoire.

Je suis programmée selon la croyance que je suis responsable de l’anxiété des gens qui m’entourent et que j’ai le pouvoir de les apaiser. Ce fonctionnement ne me laissait à cette époque aucun répit puisqu’il me dirigeait forcément vers des personnes très angoissées ou dépressives que je devais tranquilliser au prix de l’oubli de mes propres besoins.

Au fur et à mesure des séances j’ai acquis la certitude de la capacité des chevaux à se connecter à l’inconscient et à le révéler par leur comportement.

 

Comment est-ce possible ?

Les chevaux ont une capacité sensorielle très développée. Ils ressentent les variations émotionnelles et énergétiques de leur entourage jusqu’à vingt mètres environ. Ayant été des proies dans le passé leur instinct de survie est très aigu. Ils ont ainsi acquis des capacités hors norme à devancer les intentions des autres êtres vivants.

Les chevaux semblent connectés aux intentions conscientes mais également inconscientes de ceux qui les entourent. Ainsi, si une personne leur parle gentiment et s’approche avec l’intention de les toucher tout en ressentant de la méfiance à leur égard, ils captent cette distorsion et refusent le contact.

 

Comment conciliez-vous votre parcours passé de cavalière de concours avec votre activité de psychologue assistée par les chevaux?

Je cherche à transmettre un enseignement qui s’adresse au couple cheval-cavalier avec la prise en compte de l’état physique et émotionnel des deux partenaires.

Physiologiquement le cheval n’est pas fait pour porter l’homme ni l’homme pour monter sur lui. Il s’agit de trouver une adaptation des postures qui ne blesse aucun des deux. Certains mouvements ne se produisent que lorsque l’équilibre est trouvé. En ce sens mon parcours dans l’équithérapie me donne un regard différent sur les cours d’équitation « purs » que je donne. Ils sont emprunts de cette recherche d’équilibre dans la relation cheval-cavalier et de conscience des enjeux relationnelsdans l’histoire de chacun des deux.

Je ne pourrais plus enseigner à des cavaliers qui « objetisent » le cheval et ne pensent qu’à réaliser des performances.

 

Comment se déroule une séance avec vous ?

Une séance d’équi-psychologie dure environ une heure trente. Elle débute par une sorte d’état des lieux psychologiques et physiques. On interroge les sensations du corps. Ensuite le coach invite à poser une intention de séance tout en la gardant souple et modifiable. Vient ensuite le moment du travail de positionnement et d’écoute de soi dans l’espace commun avec le cheval puis une alternance entre des moments d’observation de l’animal et des moments de retour sur soi et d’écoute des sensations corporelles émergentes pour parvenir finalement à les mettre en mot. La séance se conclue souvent par une relecture de ce qui s’y est déroulé.

Il existe également des séances plus actives qui permettent de travailler son positionnement en dirigeant le cheval avec une intention alignée. L’engagement du cheval permet à la personne de mesurer son assertivité.

 

Comment le cheval intervient-il ?

Pour moi le cheval se connecte à vous lorsque vous êtes dans le juste. Lorsque votre lecture de votre guide intérieur est identique à ce qu’il en capte. Dès que le demandeur a compris ce qu’il ressent, il cesse d’agir et se connecte à lui.

 

Avez-vous assisté à des séances particulièrement marquantes ?

Bien sur. Je peux vous en relater une qui m’a marqué tout particulièrement. Elle concerne une personne que j’accompagnais en thérapie dans mon cabinet suite à des crises d’angoisse récurrentes.

Comme il était parvenu à un pallier de travail, je lui ai proposé quelques séances assistée de mon cheval qu’il a accepté.

Il a débuté la première séance en dehors de la carrière et a de suite ressenti les signes annonciateurs d’une crise d’angoisse. Il a pu nommer ses symptômes physiques de gorge serrée et de poids dans la poitrine. Il regardait le cheval tout en disant : « je ne me sens pas bien ». Le cheval regardait au loin en lui tournant le dos. A la question : que voyez-vous ? Le patient répondait : « il regarde au loin, il n’est pas connecté ». Le cheval s’est alors tourné vers lui : « Il veut que je vienne ».

L’angoisse était alors très présente chez lui. Je lui ai alors demandé de quoi il aurait besoin pour se sentir mieux et avancer vers le cheval. Il m’a dit : « Que vous veniez avec moi ». Je l’ai accompagné dans l’enclos et le cheval s’est connecté à lui. Il s’est alors mis à pleurer longtemps puis il a pu me dire : « Je réalise que ce n’était pas de la peur que je ressentais mais de l’envie ».

L’angoisse avait totalement disparue. Cette révélation de son inconscient était exactement ce qui se jouait au plus profond de lui : des désirs refoulés par la peur constamment.

Je travaille souvent l’identification des émotions au cours des séances. Il arrive fréquemment que la personne projette sur le cheval des émotions qui ne sont pas les siennes. L’agilité émotionnelle progresse alors, c’est à dire la faculté à se repositionner justement en fonction de l’émotion ressentie.

Je me souviens d’une personne qui croyait sans arrêt que le cheval était en colère alors qu’en fait il avait peur. De la même façon il percevait sa femme dans une colère permanente alors qu’intérieurement elle était effrayée. Il confondait les signaux de fuite et de nervosité avec de l’agressivité.

 

Y a t-il des chevaux prédisposés à ce rôle ?

Pas vraiment, de ce que j’ai pu voir tous les chevaux ont ces capacités. En revanche ceux qui ont été conditionnés par les centres équestres à ne plus prêter attention à leur environnement, à ne plus en percevoir les dangers, à l’abri des enclos humains semblent « oublier » leur pouvoir dont ils n’ont plus besoin. En revanche j’ai pu observer des chevaux plus intéressés que d’autres par ce rôle de partenaire de travail des thérapeutes. Souvent leur histoire, lorsqu’elle est tissée de maltraitance et d’abus, les pousse à aider les humains dans des quêtes identiques aux leurs.

 

Ces séances ne sont probablement possibles qu’au prix d’un grand laché-prise ?

Oui c’est vrai. Pour que la séance soit profitable il est nécessaire d’être prêt à accueillir des réponses autres que celles attendues. L’inconscient nous guidant vers la question et la réponse la plus utile dans le présent. Lorsque l’humain reste accroché au mental en analysant tout de manière très rationnelle sans se donner l’occasion d’écouter ce que lui dit le cheval celui-ci cesse de vouloir donner des indications. Lorsque l’humain veut « contrôler la séance » par peur de croire en cette vérité immatérielle qu’est la capacité du cheval à percevoir de lui ce que lui-même ne voit pas, cela ne fonctionne pas.

 

Y a t-il des séances qui ne fonctionnent pas ?

Je n’ai jamais assisté à une séance qui n’apporte rien. Les personnes que j’accompagne y voit la matérialisation des séances au cabinet. La présence du cheval vient consolider les prises de conscience.

 

Proposez-vous la thérapie assistée de chevaux à tous vos patients ?

Non je le leur propose si je le ressens, notamment quand les avancées semblent bloquées par des mécanismes de défense trop massifs. L’assistance du cheval permet de fendre la carapace et de libérer l’émotion refoulée. Je le propose à ceux et celles qui font confiance dans le processus.

Vous pouvez retrouver Céline sur son site www.celine-begue.com. Elle travaille également avec des cavaliers victimes de chutes ou de perte de confiance dans la relation avec le cheval qui ont besoin de se rassurer et de se remettre en selle progressivement.